2ème Réunion SGF Uranium : 29-30 novembre – Université Paris Sud 11 – Orsay

Compte rendu de la seconde réunion SGF « Uranium : Géologie, Géophysique et Chimie »

La seconde réunion de la Société Géologique de France sur l’uranium s’est tenue pour la 2ème année consécutive à Orsay les 29 et 30 novembre 2010. Elle a une fois de plus montré qu’une communauté large et dynamique s’est formée durant ces dernières années autour des minéralisations uranifères et leur traitement. Organisée par le laboratoire IDES (Interactions et Dynamique des Environnements de Surface, UMR CNRS – Université de Paris-Sud ) et AREVA, elle a reçu le soutien de l’INSU et du programme GUTEC du CNRS (Géologie de l’Uranium et du Thorium, Extraction, Conversion).

La pluridisciplinarité s’est notamment renforcée par une participation plus nombreuse des chimistes. Un an après la première réunion alors que nous pouvions craindre des répétitions, il n’en a rien été et le dialogue fructueux entre les chercheurs et les praticiens s’est poursuivi avec la participation accrue de nombreux jeunes thésards, post-docs, enseignants-chercheurs et ingénieurs récemment recrutés.

130 participants sont venus écouter les 38 communications orales programmées sur les deux jours. Malgré ce rythme intense et les conditions météorologiques défavorables, la salle est toujours restée pleine pour suivre des exposés alternant entre de nombreuses disciplines. Les sujets traités concernaient une grande parie du cycle de l’uranium, de la compréhension de la formation des gisements jusqu’au traitement des minerais. Un bel exemple de coopérations pluridisciplinaires qui devrait s’amplifier après la mise en place en 2010 du programme GUTEC.

La réunion a débuté par des exposés généraux sur la transition technologique électronucléaire, de nouveaux procédés d’extraction de l’uranium des minerais, les évolutions récentes, très innovantes, en géophysique, diagraphie, et techniques spectrales, la classification génétique des gisements de thorium et une nomenclature génétique des sources d’uranium.

Les exposés des chimistes ont été très variés et ont montré tout l’intérêt de développer des collaborations par exemple pour l’analyse de l’uranium à l’état de traces par des électrodes de carbone sérigraphiées ou par les données thermodynamiques obtenues récemment sur les phases uranifères. La lixiviation en tas des minerais pose des problèmes chimiques en particulier sur la phénoménologie de l’agglomération et le rôle du fer. Des études plus spécifiques concernent la sphère de solvatation des actinides en milieu organique et les clusters uranifères.

Dans le domaine de la métallogénie de l’uranium, des données très nouvelles ont été présentées sur les fluides et les altérations des gisements d’uranium en particulier les gisements liés à la discordance protérozoïque du Saskatchewan (Canada) mais également le nouveau gisement d’Imouraren au Niger. Les concentrations en U des inclusions fluides sont les plus élevées jamais enregistrées pour des fluides géologiques. Deux rétrospectives par des anciens de Cogema sur les gisements canadiens et australiens ont permis aux jeunes participants de comprendre comment ces gisements ont été découverts et sur quelles idées. Enfin, le modèle métallogénique à retenir pour les minéralisations dans le bassin du Thelon (Territoires du Nord, Canada) a été discuté en comparaison avec les gisements du Saskatchewan.

Une session s’est penchée sur l’uranium dans l’Archéen et le Protérozoïque, d’un point de vue très général concernant la croissance crustale et la formation de provinces métallogénique, le rôle de la fusion partielle pour former des concentrations uranifères ou le rôle des shales noirs et de la pyrite sur distribution de l’uranium dans les conglomérats archéens. L’un des gisements d’uranium exploité à très faibles teneurs, le gisement de Rössing est interprété comme résultant d’une transition magmatique –hydrothermale avec des enrichissements liés à l’altération superficielle.

Parmi les singularités relevées lors de cette réunion, la dimension exceptionnelle d’un front d’oxydo-réduction au Kazakhstan a été présentée dans le cadre du développement du gisement d’uranium de Moynkum. Des données uniques ont été exposées sur la spéciation de l’uranium dans les opales de Nopal (Sierra Pena Blana, Mexique). Il est souligné qu’un seul exposé concernait une région française, le système sud-Amoricain.

Les données présentées sur la stabilité des carbonates d’uranyle, des complexes d’uranyle chlorure permettront de mieux réaliser des modèles de transport et de dépôt de l’uranium. C’est un regret mais si la modélisation conceptuelle avance il n’en est pas de même de la modélisation numérique. Un manque à combler dans les prochaines années. L’intérêt de doser les éléments traces par ICP-MS a été parfaitement montré par la typologie des gisements à l’aide des spectres des éléments des terres rares. Un exposé a concerné le comportement des ETR et de l’U lors de l’altération d’un verre volcanique en smectite. Les conséquences de la désintégration alpha sur la mobilité du plomb, la fracturation des minéraux hôtes et la diffusion de l’hélium ont montré qu’il faut approfondir ce domaine car elles ont des conséquences très importantes en géochronologie et sur la mobilité de l’uranium. Les défauts d’irradiation sont également des témoins privilégiés pour le traçage des migrations passées de l’uranium. La liaison hypothétique entre radioactivité et formation des organismes mullticellulaires récemment découverts dans le paléoprotérozoïque du Gabon a été présentée et discutée.

Un pdf rassemblant les 38 résumés des communications orales est consultable sur le site de la Société Géologique de France [1Mo].

Les participants se sont quittés en se disant à l’année prochaine pour une réunion de 3 jours qui devrait permettre d’allonger les plages de discussion et d’élargir encore plus la pluridisciplinarité. Il est souhaitable d’associer des spécialistes de la matière organique et du monde bactérien, du comportement superficiel de l’uranium dans les environnements de surface, dans les systèmes hydrologiques, dans les stockages de résidus miniers et à toute personne qui réalise des recherches nouvelles sur l’uranium. A la demande générale, des synthèses seront présentées sur les gisements majeurs, asiatiques par exemple, et sur les gisements singuliers.

Les organisateurs, Maurice Pagel (UMR CNS-UPS IDES, Université de Paris-Sud) et Jean-Pierre Milesi (AREVA)

Lien Permanent pour cet article : http://hebergement.u-psud.fr/reliefetbassin/index.php/archive/2eme-reunion-sgf-uranium-29-30-novembre-universite-paris-sud-11-orsay/